Résidences Parisiennes

PISCINEAERO

VILLETANEUSE  2018/19/20 : UNE PROPOSITION – Cie de la Pierre Noire –

Propos : A partir de ce mi- lieu aquatique – bassin de vie, vie écoulée, où les os s’égouttent, entre ciel qui fuit et sol carrelé serré : surface plane, reflets déformés. Médium.
Médium : ce registre de la voix (des voix perçues)
Médium : ce qui nous permet de communiquer avec l’invisible, l’en-deçà, l’au-delà, disparus.
La piscine, fermée, bardée de zinc s’offre, après intrusion, comme sas onirique, matrice étonnante, réservoir de mémoires anciennes, dernières, peuplée d’innombrables mélopées, bruissements, chants à bouches closes, ou seraient-ce des larmes ? Reflets captifs à relevés. Ce mi- lieu, idéalement situé entre Hôtel de ville, place des Partages, université, frôlé par des flux de publics hétérogènes, récemment éteint, s’enfonce, en une apnée, déjà, profonde. Avant qu’une construction neuve d’une piscine commune n’existe, nécessaire soyons à l’écouté : qu’est-ce que « ça » nous dit ?
Et donc, avant que ne s’abattent cloisons et mise à blanc : des propositions (sous-tendues par la première note sur le travail de mémoire, refondateur, et la conviction, vérifiée ailleurs, que chaque être, d’où qu’il soit, enferme en lui la prodigieuse capacité de créer de nouvelles langues, y compris poétiques). Osons inverser le rapport aux « mass-médias » qui instrumentalisent, rendent passif, consommateurs et dépendants, en faisant jouer la surface comme support écran, médium réinventé ou se reflétera, par séquences des moments, mouvements, de cet inconscient collectif – le nôtre ? ici et maintenant ? celui d’un peuple ? d’une nation ? d’une Citoyenneté ? « Ça nous parle !», des évocations (notées, bribes, fragments) se recomposent en partition commune…c’est ce que nous entendrons réellement.
Eaux surprises, capturées, en une journée par l’œil de la caméra pour relever des instants, qui pourront se lire dans la durée.
Ce que nous avons « vu » (ceux que nous avons re-connus, pour avoir longuement travaillé sur les temps forts des commémorations – Déportation, 8 mai 1945, l’Abolition de l’esclavage, 17 octobre 61 ou encore la grande guerre 14/18 -).
Dans cette eau assombrie, à succession d’étroites meurtrières horizontales, ajourant cette touffeur angoissante suggère une sensation, être prisonnier dans un énorme bateau immobile ; happé par la puissance de l’image, qui entraîne l’âme, le psychisme, maintient à fond de cale…bateau fantôme négrier… et « l’image » pourra être déclinée, et les textes, possiblement élaborés avec l’association ACIA, enregistrés, univers sonore en écho à cet univers autre visuel.
Dans cette autre partie du bassin, là, vu de haut (le drone passe et ses ailes provoquent à la surface, même remous que ceux provoqués par l’hélicoptère) : des taches brunes, verdâtres ; on cherche à déceler des corps, toujours – il semble que des linges informes flottent et s’abîment – dans ce qui se présente comme possible fleuve ( et l’image, subliminale, retravaillée fera surgir d’autres formes encore, à la dérive, ombres errantes qui une certaine nuit d’octobre 61 se défirent… se sont elles qui se feront entendre par le truchement du collectif maghrébin).
Cette autre encore : qui dit le rivage, le rapport entre le sol et cet élément liquide, vecteur des débarquements (Normandie et Provence). Préfiguration d’une capitulation (et la « flotte » se matérialisera… et l’eau, rougira, peut-être avant de devenir lumière intense, eaux brûlées de flammes résistantes.
Le lieu, unique, sensible à la moindre variation de lumière (les nuages obscurcissent les verrières elles non occultées, du haut suffoquent l’espace ; quelques temps après, le soleil réapparut, redessine à longs traits d’autres architectures fictives… Inépuisables sont les interprétations.
De la réflexion sur l’eau polluée, combat de la municipalité « autour des sanitaires », en faveur d’un habitat social (l’eau souillée de la Seine, souillée par les hôpitaux qui, encore, il y a deux siècles, fut un motif fort de revendication, énoncé dans les cahiers de doléances de 1789). Oui, il fallait arrêter de déverser toutes sortes d’ordures dans les eaux de la Seine ou des milliers de parisiens venaient se servir en eau, pollution qui entraînait des quantités de maladies – revendications, combats… jusqu’à arriver à ces disques, ronds, ronds dans l’eau, la syncope se fait plus insistante, soudain, s’accélère !, disques tournoyants qui renverraient à cette histoire particulière de Villetaneuse, le combat des salarié(e)s de Vogue autour de la production de microsillons. Et nous pourrions entendre la voix des anciens, hommes, femmes, syndicalistes, politiques qui menèrent la lutte.
Et demain ? est-ce le double de cet « Aquarius » bateau désarmé, qui sauva en méditerranée des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, aujourd’hui, empêché, qui s’ankylose, persiste, perdure ici (car le problème de la migration, de l’eau comme lieu de passage, tous les passages, transitoire de nos vie, humaine, se pose, se posera de plus en plus pressent).
Et demain ? encore : cette eau, claire, d’apparence « potable » sera-t-elle enjeu ? pour d’autres peuples ? rareté de cette eau par ces temps de grande sécheresse, qui s’annoncent. En ce bassin de rétention craquelé.
Nous voyons bien, qu’à partir de cette inépuisable réserve d’images, nous pouvons faire remonter des mémoires et nous projeter sur ce miroir, nouvel écran trans-lucide. En un projet évolutif dont les paramètres pourraient se modifier à la demande de la municipalité.
Concordance des temps : tempo nouveau.
Des passés, simples, composés, imparfaits, de ces mémoires, souvenir entêtant, aphones, ou hérissés de cris de joie, pris dans cette eau lourde, histoire commune dans laquelle nous trempons, qui que nous soyons… eaux futurs (les étudiants de l’université regardent, en ce moment même une série de dessins, corps robotisés, et la pince de cet autre robot, mure, jusqu’aux limites du cadre, disparaissant, derrière le dispositif visuel qu’elle a « monté »… concordance des temps. Comment harmoniser des temps qui ne seraient plus à contre-temps ; conjuguer aux présents, car ou sont les corps ? qui cohabitent ? qui coexistent dans ce morceau de territoire : les familles, enfants, adolescents sont disponibles après la classe, le week-end ; les étudiants, leurs enseignants, entre 12h et 14h, absents car absorbés dans la projection de leur propre devenir.
Si nous voulons que l’irrigation advienne entre l’université, ses lieux de présentations et la ville « Villetaneuse », peut-être serait-il souhaitable que ces « éclats » (vidéo et installation sonore) soient mobile, prétexte à échanges, conférences, interventions jouées pour histoires autrement écrites.
Afin que ce travail puisse être mis en œuvre, une structure (type Algeco un peu grand) pourrait servir de sas de création – réunion – lieu d’enregistrement, avant de passer à l’inscription de ce qui aurait été produit dans l’espace – partie droite du bâtiment (sans accès aux bassins bien sur condamnés), les écrans pourraient être installés dans les cinq caissons mosaïque existant, le sol débarrassé à minima de tout obstacle ; cet environnement singulier étant préservé ; des « visites » seraient instituées à dates fixe dans le bâtiment, devenu un autre catégorie de lieu culturel, étonnant, porteur encore de sa propre histoire, de mémoires collectives, de problématiques universelles…réceptacle d’une autre manière de voir.

PANTIN 2018 – Quai aux bestiaux

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Hôpital St Antoine… 2016/17

 

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AUX ACTES CITOYENS 

Nous l’avions croisée sur d’autres territoires, elle présentait déjà des symptômes alarmants, semblait être en souffrance… Nous l’avons retrouvée, « personne-alité », en état de choc, à l’hôpital Saint Antoine.

Équipe artistique et soignante mêlée, nous l’avons prise alors, à bras-le-corps, cette pauvre « chose publique ». Cette Res publica, éperdue, à bout de souffle; l’avons déposée, comme sur une table d’examen, dans ce grand amphithéâtre et avons décidé d’ouvrir une consultation publique.

L’analyse de ce cas, clinique, avec l’aide d’intervenants de tous horizons, nous conduisant, – serait-ce possible ?! à de nouveaux traitements ?

– Passons à l’acte… alors, Elle, reenchantera…

Écriture, mise en scène et en espace Maryvonne Venard

 

 

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