MémoArt

MémoArt co-production avec le CRDP de Reims Champagne-Ardenne

LE THÉÂTRE DE LA PIERRE NOIRE
Troyes, lycée Camille Claudel, premier semestre 2002 : MémoArt

Tout a commencé par une demande de l’Association pour la Mémoire de la Déportation. En effet, cette association nous a interrogés, Maryvonne Vénard, metteur en scène de la compagnie La Pierre Noire et moi, au mois de septembre 2001, sur notre désir d’aborder le thème de la mémoire de la déportation. Elle désirait une création artistique pour son assemblée générale du mois de janvier 2002. Il se trouve que depuis longtemps nous pensions qu’il était urgentissime de mettre en place des actions résolument tournées vers cette période de l’histoire, par conséquent nous avons accepté…
Non seulement nous avons répondu positivement à la demande de cette association, mais aussi nous lui avons proposé de travailler auprès du public de lycéens et de collégiens – de la troisième à la terminale -, en suggérant un module d’intervention artistique présenté à chaque classe, et articulé autour d’un texte technique écrit par les nazis, décrivant leurs expérimentations. La représentation serait donnée devant les élèves dans leur propre espace d’apprentissage, c’est-à-dire dans leur salle de classe. Une comédienne lirait le texte derrière leur dos, pendant qu’une autre évoquerait symboliquement, sur le bureau de l’enseignant, les expérimentations énoncées. Tout ceci serait suivi d’un débat, d’un échange, entre les élèves et nous.
Très rapidement, nous avons rencontré un écho excessivement favorable de la part des enseignants contactés, et nous avons pu démarrer l’action.
Les élèves ont reçu de plein fouet l’extrême violence des textes (il s’agissait de textes authentiques, issus du procès de Nüremberg). Nous avons pu observer dans leur regard une grande curiosité par rapport aux manipulations opérées par les comédiennes.
Ce qui nous a le plus surpris pendant toutes ces interventions dans les lycées et dans les collèges, c’est non seulement la profondeur, la qualité du silence, la concentration au niveau de l’écoute de la part des élèves, mais aussi la qualité de leurs questions pendant le débat qui s’en suivait. Ces questions, toutes pertinentes, nous renvoyaient souvent à cette période précise de l’histoire, mais aussi à  » leur « , à  » notre  » propre actualité…
Très souvent, les élèves ont demandé à poursuivre, à prolonger l’échange sur ce thème de la déportation, avec leur professeur, mais aussi, parfois, en invitant un ancien déporté dans leur classe ou dans l’amphithéâtre de leur établissement.
Ceci, pour nous, représente le plus bel hommage rendu à notre travail…
Ces interventions ont été extrêmement positives, et ont eu un très grand succès auprès de toutes les classes que nous avons rencontrées. Pour l’année 2003, une vingtaine de collèges et de lycées demande ces interventions, ou d’autres types d’interventions artistiques sur ce même thème de la Résistance et de la déportation.
Texte écrit par Antonio Iglésias, directeur de la compagnie théâtrale de la Pierre Noire, à Troyes, relatant le projet théâtral Accords Perdus

Par cette expérience sus-citée, il s’agit de montrer l’utilité du théâtre en classe à des élèves et à des enseignants. Par le traitement d’un sujet dramatique, la déportation, cette utilité est d’autant plus perceptible. Le théâtre permet de témoigner des événements à la fois de manière visuelle et auditive, en présence des spectateurs (la représentation a lieu dans une salle de classe), ce qui lui confère un impact particulier. Ce qui ne correspond vraisemblablement qu’à des connaissances livresques chez les élèves est ici rendu de manière plus forte, par des objets et par des gestes symboliques (bougies qui représentent des déportés, enfermées dans de petits récipients de verre, laisser s’éteindre les bougies et achever la mèche à moitié calcinée en la coupant brutalement avec une paire de ciseaux, …).
L’imaginaire est fortement sollicité ici. Les élèves assistent à une évocation théâtrale symbolique. Il s’agit de les sensibiliser avec pudeur et force à l’atrocité du phénomène de la déportation. Le théâtre transmet la mémoire d’un fait historique (la déportation nazie) avec les moyens qui lui sont spécifiques : mise en scène, évocation symbolique, costumes, objets.
Cette intervention théâtralisée d’une vingtaine de minutes, où une comédienne interprète des textes de correspondance tandis qu’une autre évoque symboliquement, à travers un jeu de bougies, la vie des déportés, associe pratique artistique et culture historique. Elle peut permettre de construire durablement un questionnement autour de différentes problématiques qui peuvent être développées en amont ou / et en aval dans la logique de ce qui est développé dans les classes à PAC. Exemples : quels moyens, quelles stratégies et quels contenus adopter pour transmettre la mémoire ? Quels problèmes éthiques posés par la prise en compte du corps humain comme cobaye ? Comment  » dire  » la déportation (quel rapport au texte, à la langue, à la scène ?).
Un film a été réalisé à partir de cette évocation théâtrale en classe :
Regarder le prégénérique du film avec Quick Time pour PC et Mac ou avec Windows Media Player pour PC avec Windows 95 et supérieures.
Une vidéo de 13 minutes, MEMO-ART, a été réalisée courant septembre 2002, à partir de cette évocation théâtrale sur la déportation présentée en classe, à des élèves de 1ère du lycée Camille Claudel, de Troyes (les événements de la Seconde Guerre Mondiale – la déportation – sont au programme d’histoire de la classe de 3ème et de celle de 1ère).
Ce n’est pas la représentation théâtrale qui est ici retransmise en intégralité, mais des moments forts, choisis en fonction de critères techniques, esthétiques et émotionnels.Il s’agit de faire s’approcher au plus près le spectateur de cette machinerie infernale faite d’objets métalliques, outils du chimiste et du chirurgien, d’actions précises et mécaniques. Au montage, il y a eu une sélection de plusieurs plans rapprochés : les manipulations sont vues de près, ce qui met le spectateur en contact avec les outils de la barbarie.
Le film montre ainsi des morceaux choisis de l’évocation théâtrale, et laisse entendre des passages d’interviews de la metteur en scène, qui explicite ses choix artistiques, d’un ancien déporté, qui donne son avis sur cette expérience théâtrale menée en classe, et d’un professeur de philosophie, qui livre ses impressions sur la représentation puis élargit le débat.
Cette vidéo vise donc à faire réfléchir sur des valeurs essentielles telles que le respect de l’autre, la dignité humaine, les droits de l’homme. Elle est une sorte de  » stimulus  » à l’éducation et à la citoyenneté.
Ce produit, destiné à une sensibilisation à un épisode dramatique de l’histoire, la déportation, peut être utilisé pour amorcer un débat, ou pour amorcer un cours d’histoire. Il peut amener à des éveils de conscience sur la barbarie humaine, toujours prête à resurgir.

Structuration interne du film : après une brève introduction faite par le professeur d’Histoire-Géographie, qui annonce en peu de mots la représentation à venir, le film présente des passages importants du  » spectacle « . Tour à tour, en voix off et en présence réelle, on entend les commentaires de la metteur en scène, et ceux du professeur de philosophie sur cette représentation. Le directeur de la Pierre Noire insiste auprès des élèves sur le caractère technique et non littéraire des textes dits (les textes proférés par les comédiennes sont authentiques : ils sont issus du procès de Nüremberg). Peu avant la fin du film, un ancien déporté approuve ce travail théâtral ; les dernières paroles du film reviennent à la metteur en scène qui conclut à l’utilité du théâtre.
Le film, qui apporte un éclairage sur la mise en scène choisie, a pour ambition de montrer que le théâtre est un outil éloquent de transmission d’un savoir : la déportation.
La part émotionnelle se dégageant de ce  » spectacle  » est sans doute une des raisons pour lesquelles on peut lui attribuer son efficacité.